Environnement et développement durable
On peut débattre de beaucoup de choses mais il y a certains points qui sont indiscutables :
1) la quantité de pétrole disponible sur terre est finie, de même pour l'ensemble des énergies fossiles
On peut gloser à souhait sur quand aura lieu la fin effective du pétrole, mais elle finira par arriver, d'autant plus vite que notre (nous l'humanité) consommation continuera à augmenter. Or des sources relativement sûres (les pétroliers) avouent qu'on aurait atteint cette année le pic de production et que la production va très fortement chûter d'ici 2015-20.
Certains critiquent le Club de Rome, je leur rappellerai qu'on lui attribue à tort une erreur de prévision de la fin du pétrole en 2000. Tout ce que disait le Club de Rome, c'est "quand une ressource est présente en quantité finie et que la consommation de cette ressource connaît une croissance positive ou nulle, on finit toujours par l'épuiser". D'autres (des commentateurs qui pour la plupart n'ont jamais lu le rapport) ont ajouté qu'il restait 30 ans de réserves prouvées de pétrole en 1970. Depuis on a "prouvé" et même extrait bien plus de réserves de pétrole que celles connues en 1970. En revanche, l'estimation des réserves dites "ultimes" (réserves prouvées + non encore découvertes) n'a pas beaucoup bougé... Les conclusions du rapport de Rome restent donc d'actualité : il va bien falloir diminuer notre consommation de pétrole car de toute façon il y aura un jour où la pompe sera vide...
Plus de pétrole ? Tant pis, on va se servir du gaz et du charbon (il
est possible de liquéfier du charbon pour en faire de l'essence, il
existe une carbo-chimie équivalente à la pétrochimie, à peine plus
chère). Manque de bol, il n'y a pas beaucoup plus de gaz que de pétrole
(il permettra de durer environ 5 ans de plus). Quant au charbon, si on
continue sur une croissance de la consommation énergétique d'environ
2%/an, on a une réserve qui nous permettrait de tenir une centaine
d'années.
Ainsi nos enfants ou petits-enfants connaîtront la fin des énergies
fossiles. Pas une disparition complète mais une telle diminution de la
production que les coût associés seront prohibitifs.
Conclusion n°1 : tôt ou tard, il faudra apprendre à se passer des énergies fossiles. Le progrès technologique et surtout sa diffusion (il faut les construire les éoliennes, ça prend du temps) ne sont pas assez rapides pour remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables avant leur extinction. Ainsi, si on ne baisse pas notre consommation volontairement (c'est un processus relativement lent), on y sera contraint lorsque la production deviendra inférieure à la consommation (il s'agira alors d'un processus plus brutal et donc plus douloureux...)
2) la consommation d'énergies fossiles produit du CO2, qui est responsable du réchauffement climatique
La réalité du réchauffement n'est pas discutable, le GIEC l'a prouvé et cet organisme n'a aucun intérêt à dramatiser. On en est à un peu moins d'un degré en plus (sur la décennie écoulée) par rapport à l'époque pré-industrielle. Selon l'intensité de notre production de gaz à effet de serre, le réchauffement pourrait être de 2 à 4°C en 2100. Cela peut paraître peu, mais +4°C n'a jamais été observé sur terre. Tout ce qu'on sait, c'est que -5°C se traduit par une glaciation (des glaces jusqu'en Europe). Les scientifiques ne peuvent pas prédire quelles seront les conséquences exactes du réchauffement, mais beaucoup s'accordent pour dire que le niveau des océans va monter, que de nombreuses zones vont voir leur climat changer, que les cyclones serront plus nombreux, etc. Bref ça va changer.
A noter que si on consomme 100% des réserves d'énergie fossiles disponibles sur terre, on fera un bon +10°C...
Conclusion n°2 : réduire notre consommation d'énergies fossiles n'est pas qu'un moyen d'échapper à la pénurie, mais aussi un moyen d'échapper aux conséquences néfastes du dérèglement climatique.
3) Notre capacité a nous adapter au changement (dont les chocs/catastrophes) est proportionnelle à énergie à notre disposition
Le niveau des océans monte ? On va faire des digues ! Sauf qu'il faut
que les bulldozers passent à la pompe...
On crève de chaud ? Allume la clim° ! Sauf que les centrales nucléaires
sont déjà saturées, les barrages sont vides : il faut lancer une
centrale thermique (pétrole, gaz ou charbon)
L'Algérie devient un désert ? On va migrer en France ! Sauf qu'il faut
bien les faire manger tous ces boat-people et les tracteurs ça
consomme... tandis que les engrais sont produits avec du gaz...
L'homme sait généralement faire face à l'adversité, mais il le fait à
l'aide d'outils qu'il faut faire fonctionner avec de l'énergie.
Or les effets fortement perturbants du réchauffement climatique pourraient advenir au moment où le pétrole commencera à manquer et où on n'aura pas encore trouvé de remplaçant au pétrole. L'humanité aura donc du mal à s'adapter. D'autant plus qu'on sera 7-8 milliards à peu près bien répartis sur le globe : lors de la dernière glaciation, les quelques millions d'hommes sur terre ont survécu en se déplaçant d'une zone devenue glaciale vers des zones plus clémentes... car il y avait la place. Si on doit déplacer 10 millions de Bengladais plongés sous les eaux, on les met où ?
Conclusion n°3 : les tuiles qui nous sont promises sont bien plus importantes que celles qui nous sont jamais arrivés et il y a clairement déficit de pansements.
Alors amusez-vous tant que vous voulez à protester, contester ou gagner de l'argent en spéculant sur la hausses du prix des matières premières. Mais sachez qu'un petit effort graduel aujourd'hui vous évitera peut-être de voir débarquer des millions de crève la faim en Europe, qui déborderont en nombre vos miliciens et pilleront vos réserves alimentaires, sans trop se soucier du nombre de zéros sur vos comptes en banque.
Le rapport Stern est contestable mais il a le mérite d'essayer de chiffrer les enjeux environnementaux : apporter une solution au réchauffement climatique nous coûterait 1% du PIB mondial. Ne rien faire nous coûterait 5%, ce qui est plus qu'équivalent à la crise de 29, ou une des deux guerres mondiales.
Alors les rois des marchés, vous arbitrez comment ?
Moi je fait tout pour réduire ma consommation personnelle d'énergie et
de matières premières de façon intelligente (je privilégie les trajets
en TC plutôt qu'en voiture, je n'imprime plus que ce qui est réellement
indispensable, je répare ce qui peut l'être, je n'achète que des
produits de saison, je fais la chasse au sur-emballage, je trie mes
déchets, etc.) tout en sachant que ça ne suffira pas et qu'il faut
transformer la société en profondeur : je militerai tant que je peux
- pour l'application de la taxe carbone,
- pour la relocalisation de la production, même si elle est plus coûteuse,
- pour une décroissance du PIB, mesure stupide qui compte en positif le couple pollution + dépollution...
- pour une société plus juste et moins
marketée, où les gens prennent du plaisir à discuter, échanger plutôt
qu'à compenser la petite taille de leur b... en achetant une grosse
voiture, un écran plasma ou des FCP asiatiques en exploitant le travail
des enfants au bout du monde
